image Seulement 10 jours de congés payés au Japon?!

Hanami

Article de Liza Maronese

 

Le titre choisi pour cet article représente assez bien la réaction des Français, lorsqu’ils apprennent qu’au Japon les employés n’ont droit qu’à 10 jours de congés payés contre une trentaine en moyenne pour ce qui est de la France.

Aujourd’hui, 29 avril, débute la fameuse Golden Week japonaise qui voit se succéder, de manière très rapprochée, 4 jours fériés; à savoir:

-L’anniversaire de l’empereur Shôwa (29 avril)

-Le jour de la Constitution (3 mai)

-Le jour des plantes (4 mai)

-Le jour des enfants (5 mai)

 

Le calendrier 2017 étant clément, il permet 5 jours chômés d’affilé, en comptant le weekend du 6 et 7 mai.

S’ils souhaitent allonger leur Golden Week, les employés japonais peuvent piocher 1 ou 2 jours dans leur réserve de jours de congé pour que cette « semaine dorée » soit égale à une semaine complète (7 jours chômés).

Beaucoup se contenteront des 5 « renkyû » officiels, gardant ainsi leur stock intact. Voyons en détail les règles de bases et les pratiques en matière de jours de congé.

Vraiment? seulement 10 jours?

J’ai quelque peu cédé à la tentation d’un titre racoleur. Bon nombre de Japonais ont effectivement droit à 10 jours de congés payés annuels, mais cette vérité ne vaut que pour les employés restés moins de deux ans dans la même entreprise.

La réalité est sujette à interprétation: on peut, sans mentir, considérer que le nombre de congés payés d’un certain nombre d’employés japonais est supérieur à 10. Toutefois, beaucoup argueront que ce nombre est bien plus bas en réalité. Pourquoi?

 

  • Les employés ont en réalité plus de 10 jours de congés payés annuels

Les 10 jours sus-cités correspondent, en fait, au « package » de base reçu par le salarié au bout de 6 mois d’ancienneté.

Je vous propose de partager mon expérience personnelle. Lorsque, travaillant au Japon, j’appris que le nombre de mes congés payés seraient de 10 jours seulement, mes rêves de voyage d’été en Asie du sud-est s’effondrèrent. La France m’avait habituée à des congés bien plus généreux.

Face à ma mine déconfite, des collègues tentèrent de me rassurer en m’expliquant que l’on cumulait par la suite un jour supplémentaire tous les ans. Une question, quelque peu naïve, me tarauda longuement;  selon cette idée de cumul, il serait donc possible d’arriver en fin de carrière (pour peu que l’on soit resté fidèle à la même entreprise) à plus de 40 jours de congés payés annuels?!

Evidemment, mes espoirs furent déçus à la lecture de l’article de Hifumi Okunuki.

La journaliste et syndicaliste japonaise, répond à cette question dans sa colonne intitulée « Labor Pains » publié sur Japan Times. Passé 6 ans et demi d’ancienneté, les congés payés se heurtent à un plafond de 20 jours.

Nombre de Congés Payés annuels pour les employés travaillant plus de 30 h/semaine
Ancienneté (ans) 0.5 1.5 2.5 3.5 4.5 5.5 +6.5
Jours alloués 10 11 12 14 16 18 20

*si l’employé travaille moins de 30h, la règle est quelque peu différente.

 

Ça, c’est ce que dit la loi.  Voyons maintenant ce que dit la pratique.

 

  • Les employés ont en réalité moins de 10 jours de congés payés annuels

Bon nombre d’employés japonais utilisent leur congés payés seulement en tant que congé maladie et, même dans ce cas, relativement rarement. De fait, leurs jours de congés payés ne font que s’accumuler dans un stock grandissant, restant quasi intact au fil des années. L’utilisation des 10 jours (ou plus) de congés payés n’étant pas effective, on peut donc considérer que les Japonais ont en réalité moins de 10 jours de congés payés par an. CQFD.

Pour ma part, durant les un an et demi passées dans une entreprise japonaise, j’ai été la seule, avec une collègue Taïwanaise, à solder mon maigre stock de jours de congé. Non sans une certaine culpabilité. Parmi mes collègues, certains se sont risqués à utiliser quelques jours pour compléter la Golden Week, ou prendre un weekend de 3 jours. Mais c’était loin d’être la norme.

Je relisais récemment un livre intitulé « Japon, société camisole de force » (1994) où l’auteur, Masao Miyamoto, ancien fonctionnaire japonais ayant débuté sa carrière aux Etats-Unis, se heurtait à une hiérarchie sourde à l’octroi de ses congés payés. Son récit date d’il y a plus de 20 ans mais semble rester d’actualité dans un certain nombre d’entreprises au Japon.

« Il fallait faire attention à ne pas prendre plus de jours que son chef, comme il fallait éviter de se faire remarquer par une demande portant sur un nombre trop important de jours de congé. Lorsqu’on avait envie de prendre de nombreux jours de congé, il était conseillé de les prendre en plusieurs fois, pour éviter que cela ne se remarque. Même pris par petits bouts, il ne fallait pas que le total dépasse trop la moyenne des jours pris par les collègues ».

On comprend vite que ce type de raisonnement tend à minimiser le nombre de congés pris par les salariés puisqu’une autocensure s’opère face au poids du jugement d’autrui.

Le Japon, champion des jours fériés

En compensation, les japonais comptent un nombre de jours fériés plus élevé que la France : 15 jours vs 11 jours. Néanmoins, je doute fort que, pour les salariés français, ces 4 jours fériés supplémentaires soient suffisant à compenser l’écart d’environ 15 jours de congés payés entre les deux pays.

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